Trois problèmes, trois traitements
Avant d'acheter quoi que ce soit, il faut savoir lequel des trois on veut régler.
| Problème | Ce que le traitement y change | Nature du traitement | Épaisseurs |
|---|---|---|---|
| Grave inégal et traînant cf. modes et SBIR | la durée de la résonance, pas sa fréquence | pièges à graves, résonateurs | très grandes |
| Premières réflexions | le rebond unique qui brouille la localisation et creuse la réponse | ciblé et local, quelques m² bien placés | moyennes |
| Réverbération globale | la décroissance d'ensemble, mesurée par le RT60 | une quantité répartie, raisonnée en surface totale | moyennes |
Un panneau posé au hasard peut très bien agir sur le troisième problème sans rien faire pour les deux premiers. C'est la situation la plus fréquente.
L'épaisseur commande la fréquence
Voici le chiffre qui devrait figurer sur chaque emballage, et qui n'y figure jamais.
Un absorbant poreux, laine ou mousse, agit en freinant le déplacement de l'air, pas la pression. Or contre une paroi rigide, le déplacement est nul au contact et maximal à un quart de longueur d'onde de distance. Un absorbant ne devient donc réellement efficace qu'à partir des fréquences dont le quart de longueur d'onde tient dans son épaisseur.
La même arithmétique que pour le SBIR, et le même quart de longueur d'onde :
| Épaisseur | Efficace à partir de | Ce que ça couvre |
|---|---|---|
| 5 cm | 1 715 Hz | l'aigu, presque rien d'autre |
| 10 cm | 858 Hz | le haut du médium |
| 15 cm | 572 Hz | le médium |
| 20 cm | 429 Hz | le médium et un peu en dessous |
| 30 cm | 286 Hz | le bas du médium |
| 50 cm | 172 Hz | le haut du grave |
| 86 cm | 100 Hz | le grave, enfin |
Relisez la première ligne. Le panneau de mousse de 5 cm, celui qu'on voit partout, ne fait rien en dessous d'environ 1 700 Hz. Il traite un problème d'aigu, souvent inexistant, et laisse intact tout ce dont on se plaignait.
Et pour agir dès 100 Hz par la seule voie poreuse, il faudrait 86 cm d'épaisseur. C'est la raison d'être des pièges à graves d'angle, qui exploitent la diagonale pour gagner de la profondeur, et des résonateurs, membrane ou plaque perforée, qui obtiennent une action dans le grave par la résonance d'un système et non par l'épaisseur d'un matériau. Ils sont sélectifs, donc à accorder sur une fréquence visée.
L'épaisseur ne suffit pas : la surface compte aussi
Un panneau très épais mais petit reste inefficace dans le grave, et pour une raison géométrique distincte de la précédente.
Pour intercepter une réflexion, un panneau doit être grand par rapport à la longueur d'onde concernée. En dessous d'une certaine taille, l'onde le contourne comme s'il n'était pas là. La surface minimale utile dépend de la fréquence visée et de la géométrie du rebond, ce que l'on décrit par la zone de Fresnel du trajet.
D'où deux critères et non un : l'épaisseur décide de la fréquence à partir de laquelle le matériau absorbe, la surface décide des fréquences que le panneau peut réellement intercepter à sa position. Un traitement dimensionné sur un seul des deux déçoit.
Les premières réflexions : trouver où poser
La méthode classique est celle du miroir : asseyez-vous à votre place, faites glisser un miroir le long d'une paroi, et notez chaque endroit où vous apercevez une enceinte. Ce sont les points de première réflexion pour ce siège.
Ce qu'on cherche à obtenir n'est pas le silence mais du temps. Plus la première réflexion arrive tard et affaiblie par rapport au son direct, plus l'oreille attribue clairement la source à l'enceinte. C'est ce que mesure l'écart entre le direct et la première réflexion, souvent appelé ITDG.
Deux conséquences pratiques. Le traitement se pose là où le miroir a montré une enceinte, pas uniformément. Et les surfaces concernées sont peu nombreuses : quelques mètres carrés bien placés valent mieux que des murs entièrement couverts.
Le RT60 : une quantité, pas une qualité
Le RT60 mesure le temps que met le son pour décroître de 60 décibels. C'est une grandeur globale et statistique, très utile et souvent surinterprétée.
Elle dit combien d'absorption la pièce contient, pas où elle se trouve. Deux salles de même RT60 peuvent sonner très différemment, l'une ayant son absorption concentrée sur les points de réflexion, l'autre l'ayant répartie au plafond.
Elle se lit par bande d'octave, et c'est là qu'elle devient parlante. Un RT60 correct dans le médium mais très long dans le grave est le profil typique d'une pièce traitée avec des panneaux trop minces : exactement ce que prédit le tableau des épaisseurs.
Des valeurs de référence existent pour les petites salles d'écoute, et elles varient selon les usages et les auteurs. Le plus utile n'est pas de viser un nombre mais d'obtenir une décroissance régulière d'une bande à l'autre : c'est l'irrégularité qui s'entend, davantage que la valeur absolue.
Les diffuseurs : ce qu'ils font, et ce qu'ils ne font pas
Un diffuseur ne remplace pas un absorbant. Il disperse l'énergie dans le temps et dans l'espace au lieu de la renvoyer en un seul rebond franc. L'énergie reste dans la pièce : le RT60 ne bouge pas.
C'est précisément pour cela qu'il est utile là où l'on veut conserver de la vivacité tout en cassant une réflexion spéculaire, typiquement le mur arrière. Et c'est aussi pour cela qu'il ne règle pas un problème de traîne dans le grave.
Deux réserves de dimensionnement. Un diffuseur agit dans une bande de fréquences donnée, fixée par la profondeur de ses puits : un relief décoratif de deux centimètres ne diffuse rien d'audible. Et il a besoin de distance pour que son champ dispersé se forme : posé à un mètre de l'oreille, il ne fait pas ce qu'on attend de lui. Dans une petite pièce, l'absorption est souvent le choix le plus sûr.
La confusion majeure : isolation n'est pas absorption
Ce sont deux métiers différents, et le vocabulaire courant les mélange en permanence.
| Absorption | Isolation | |
|---|---|---|
| Ce qu'elle traite | le son à l'intérieur de la pièce | le son qui sort ou qui entre |
| Qui l'entend | vous | les voisins |
| Sur quoi elle repose | la porosité | la masse, l'étanchéité, le découplage |
| À quoi ça ressemble | léger, poreux, ouvert | lourd, fermé, étanche |
Conséquence concrète : couvrir un mur de mousse ne réduit en rien la transmission vers la pièce voisine, et une cloison très isolante n'améliore pas l'acoustique intérieure. Les deux chantiers se planifient ensemble, mais ils ne se substituent jamais l'un à l'autre.
Le point qu'aucun réglage ne rattrape
C'est le même que dans les autres fiches, sous sa forme la plus générale.
L'égalisation agit sur le niveau à un instant et à un endroit. Elle ne raccourcit pas une traîne : une résonance qui met une seconde à s'éteindre y mettra toujours une seconde, simplement un peu moins fort. Or c'est cette durée qui rend un grave confus, comme l'explique la fiche sur les modes.
Le traitement est donc le seul levier qui agisse sur le temps. C'est pour cela qu'il vient avant l'égalisation, et non à la place.
Les cas où la réponse est différente
Vous en mettez trop. Une pièce sur-absorbée devient mate et fatigante, et la voix y perd son naturel. Le risque est réel dès que l'absorption est concentrée dans l'aigu, ce qui est le défaut des panneaux minces employés en grande quantité.
Vous déséquilibrez le spectre. Absorber beaucoup l'aigu sans toucher au grave produit une salle sourde et pourtant toujours confuse dans le bas. C'est le même défaut vu par l'autre bout : le tableau des épaisseurs en donne la raison.
La pièce est un comble ou une forme complexe. Les points de réflexion ne se trouvent plus par symétrie, et la méthode du miroir devient indispensable, ou une modélisation.
Les parois sont légères. Une cloison sur ossature absorbe déjà dans le grave, parfois beaucoup. La pièce peut donc avoir moins besoin de pièges à graves qu'un local en béton, et le calcul qui suppose des parois rigides sera pessimiste.
Le budget est contraint. Dans ce cas, l'ordre importe plus que la quantité : les points de première réflexion d'abord, parce que le rapport entre effet perçu et surface posée y est le plus élevé.
Ce que HTM calcule
À partir de la géométrie de votre salle, HTM prédit le RT60 par bande d'octave, classe les modes propres, situe les points de première réflexion, signale le risque de flutter echo et les interférences avec les parois, puis propose un plan de traitement priorisé et chiffré en surface. Un concepteur de diffuseur QRD permet d'en dimensionner un, puits par puits.
Le niveau Pro ajoute les métriques par siège, dont l'ITDG, C50, C80 et STI, l'analyse modale complète, le calculateur d'absorbeur DIY, la composition du traitement par couches avec calcul par matrices de transfert, et la taille minimale de panneau par bande via la zone de Fresnel, ce qui répond directement au second critère décrit plus haut.
Plusieurs ajouts sont annoncés pour la version 1.2, dont la basse-trappe à membrane et l'absorbeur perforé dans le calculateur, avec leur montage intégré au RT60. Voir la page Fonctionnalités pour l'état exact de chaque fonction.
Tout cela reste de la prédiction, dépendante des cotes et des matériaux déclarés. La démarche complète consiste à prédire, traiter, puis mesurer pour vérifier : voir le guide sur la mesure avec REW.
Sources
- Le critère du quart de longueur d'onde pour l'efficacité d'un absorbant poreux devant une paroi rigide est classique en acoustique du bâtiment. Les valeurs du tableau sont calculées pour une célérité de 343 m/s.
- Les mesures de perte d'insertion de tissus tendus réalisées pour ce site sont décrites dans la méthodologie des tissus, avec le protocole et les limites.
- Les valeurs de RT60 souhaitables pour une petite salle d'écoute varient selon les usages et les auteurs : cette page ne propose donc pas de cible, seulement un critère de régularité entre bandes.
Aller plus loin
Les fiches sur les modes de la pièce et sur le SBIR décrivent les deux phénomènes que le traitement du grave cherche à amortir, et celle sur le placement du caisson traite le levier gratuit qu'il faut épuiser avant d'acheter des matériaux. Le glossaire définit les termes employés ici.
