Pourquoi REW (et pourquoi c'est gratuit)
REW mesure la réponse réelle de votre salle : réponse en fréquence, temps de réverbération (RT60), modes propres, cascade (waterfall), distorsion… C'est l'outil communautaire de référence, gratuit et multiplateforme. HTM ne le remplace pas : il prédit avant travaux, puis importe vos mesures REW pour valider la prédiction, ou la corriger, siège par siège.
Home-cinéma ou studio ? La démarche est la même : que vous conceviez une salle immersive multicanale ou une écoute stéréo de proximité (monitoring / hi-fi), vous mesurez, importez, et laissez HTM analyser. HTM tient d'ailleurs compte du régime d'écoute, qu'il soit proche (nearfield), moyen (midfield) ou lointain (farfield). Adaptez simplement la distance et la position du micro à votre cas.
Le micro : misez sur un UMIK-1 / UMIK-2
Un micro de mesure USB calibré est le plus simple : il se branche en USB, sans interface ni préampli. Le standard de fait est le miniDSP UMIK-1 (ou le récent UMIK-2), et c'est sur lui que ce guide s'appuie. Chaque exemplaire est livré avec son fichier d'étalonnage individuel, à télécharger sur le site de miniDSP à partir du numéro de série gravé sur le micro.
- Un UMIK-1 / UMIK-2 et son pied (trépied), à hauteur d'oreille.
- REW installé (gratuit), à télécharger sur roomeqwizard.com.
- Une liaison du PC vers votre système (HDMI vers l'ampli / processeur) pour jouer le balayage sur le canal voulu.
Les deux fichiers d'étalonnage : 0° et 90°
Point souvent négligé, pourtant décisif pour la justesse : l'UMIK est fourni avec deux fichiers de calibration, et il faut charger le bon selon la façon dont vous orientez le micro.
- Fichier « 90° », micro pointé vers le plafond (à la verticale). C'est celui des mesures de la salle au point d'écoute : le son arrive de partout (enceintes + réflexions) et le micro capte ce champ diffus. À utiliser pour toutes vos mesures aux différentes positions d'écoute, ce sont elles que HTM analyse.
- Fichier « 0° », micro pointé à l'horizontale, droit sur l'enceinte (dans l'axe). C'est celui des mesures d'une enceinte seule, dans l'axe / en champ proche, quand vous visez directement un haut-parleur.
On le charge dans Preferences → Cal files → Mic cal files. En pratique, pour préparer un fichier destiné à HTM, vous resterez le plus souvent sur le fichier 90°, micro vertical au point d'écoute.

Régler REW
Dans Preferences → Soundcard, choisissez la sortie qui alimente votre système et l'entrée = l'UMIK. Vérifiez la fréquence d'échantillonnage (48 kHz), puis faites un test de niveau (Check levels) pour éviter la saturation. Calez un niveau d'écoute sûr et identique d'une mesure à l'autre (l'onglet SPL de REW aide à viser ~75 dB).

Où placer le micro et que mesurer
La qualité du fichier tient d'abord au placement du micro :
- Micro sur pied, à hauteur d'oreille, à la place d'écoute principale (MLP), le fauteuil central en priorité.
- Micro vertical (fichier 90°), tête dégagée, loin d'un accoudoir ou d'un dossier qui créerait une réflexion parasite.
- Puis recommencez à chaque siège que vous voulez optimiser : HTM compare ensuite position par position.
Un balayage propre à chaque place vaut mieux que dix mesures bâclées : ce sont ces courbes que HTM va analyser.
Deux réflexes qui changent tout : mesurez exactement au même endroit avant et après un changement (sinon les courbes ne sont plus comparables). Ensuite, pour ne pas mesurer votre propre présence, lancez le balayage avec un léger délai (« Delay ») le temps de vous écarter. La position d'écoute doit rester dégagée. La distance de mesure suit votre régime d'écoute : au plus près en champ proche, plus en retrait en champ lointain.
L'astuce du micro mobile (la « MMM »). MMM est l'abréviation anglaise de Moving Mic Method, littéralement la « méthode du micro que l'on bouge ». Le principe est simple : au lieu de laisser le micro immobile sur son pied, on lance un signal continu et on promène lentement le micro autour de la tête (dans un rayon d'environ 50 cm) pendant que REW fait la moyenne de ce qu'il capte. Le résultat gomme les petites variations d'un point à l'autre et donne une courbe très stable, idéale pour juger l'équilibre tonal global d'une zone d'écoute ou régler un caisson. Gardez toutefois, en parallèle, des mesures fixes, canal par canal (micro immobile) : ce sont elles que HTM exploite pour les distances, niveaux et l'EQ par enceinte.
Situer votre régime d'écoute. Ce qui compte ici, c'est la distance critique : le point où le son direct de l'enceinte et le champ réverbéré de la pièce s'équilibrent à peu près. (À la rigueur, ce n'est pas exactement la frontière acoustique champ proche / champ lointain, qui dépend aussi de la taille de la source et de la longueur d'onde ; mais pour choisir une distance d'écoute, c'est le repère utile.) Pour la repérer, mesurez en vous éloignant par paliers (~50 cm) depuis l'enceinte : tant que le niveau chute nettement quand vous reculez, le direct domine. Quand il se stabilise, la salle a pris le dessus. Réglez la distance de mesure (et le régime déclaré dans HTM) en conséquence.
Mesurer chaque canal (multicanal ou stéréo)
Pour une vraie salle multicanale, ne vous limitez pas à « gauche + droite ». Mesurez chaque enceinte séparément : le Centre, les Surrounds, les arrières, les enceintes de plafond (Atmos), le ou les caissons, en jouant le balayage sur un seul canal à la fois et en nommant chaque mesure par son canal (L, C, R, SL, SR, Top…). REW route le sweep vers le canal choisi. Côté ampli, isolez la voie mesurée.
En écoute stéréo / studio, la même logique s'applique en plus simple : mesurez L seul, R seul, puis L+R ensemble : les trois, mesurés séparément, aident à repérer un problème de phase entre les deux enceintes.

Vous obtenez alors une mesure par canal (et par siège). Superposées, elles donnent une vue d'ensemble de la salle, et surtout HTM en tire les distances, niveaux, crossovers et un EQ propre à chaque canal.

Lire les valeurs : ce qui est bon, ce qui est à améliorer
La réponse en fréquence montre les creux et bosses : dans le grave, ils trahissent les modes de la pièce. Plus haut, ils dépendent surtout du placement et du traitement. Astuce de lecture : appliquez un lissage (1/12 à 1/48 d'octave, menu Graph → Smoothing) pour dégager les tendances sans le bruit fin.

Le RT60 (temps de réverbération par bande) se lit par rapport à une cible. Sur l'exemple ci-dessous, au-dessus de ~300 Hz le RT60 est court et régulier (~0,1–0,15 s) : la salle est bien amortie et plutôt sèche (est-ce l'idéal ? cela dépend de l'usage de la pièce et de votre cible). En dessous de ~100 Hz, il grimpe vers 0,4–0,6 s : le grave traîne, c'est la bande à améliorer (typiquement avec des bass-traps). L'objectif est un RT60 assez plat, ni trop long (son « caverneux ») ni trop mort. La cible dépend de l'usage : plutôt sec pour un studio / monitoring (≈ 0,3 s), un peu plus vivant pour un home-cinéma. Dans une petite pièce, le RT60 classique devient peu fiable dans le grave, où le champ n'est pas diffus : l'estimateur Topt de REW aide à trouver une pente de décroissance exploitable quand elle existe, mais sous la fréquence de Schroeder, lisez le decay, le waterfall et le spectrogramme plutôt que de traiter le RT60 comme une valeur de champ diffus.

La cascade (waterfall) confirme visuellement quelles résonances traînent dans le temps.

Enfin, la courbe ETC (onglet Filtered IR) montre comment l'énergie décroît dans le temps et fait ressortir les premières réflexions, juste après le son direct. Repérez celles qui remontent trop haut : une réflexion forte brouille l'image sonore. Astuce : le délai donne la différence de trajet de la réflexion (≈ 340 m/s × temps), pas la distance du mur elle-même ; le vrai point de réflexion à traiter dépend de la géométrie enceinte / auditeur / paroi (HTM le calcule pour vous). L'ETC affiche aussi les estimateurs (Topt, EDT, clarté C50/C80).

Toutes les réflexions ne se valent pas. Les toutes premières (moins de ~10–15 ms après le son direct, une paroi à quelques mètres) sont largement fusionnées par l'oreille avec le son direct (effet de précédence / Haas), et perturbent donc moins la localisation que les plus tardives. Elles ne sont pas inoffensives pour autant : même fusionnée, une première réflexion forte colore le timbre et peut créer un filtrage en peigne, d'où l'intérêt de traiter les points de première réflexion. Ce sont les réflexions plus tardives et fortes, revenant nettement détachées, qu'il faut traiter. On vise une décroissance franche juste après le pic (de l'ordre de −20 dB dans les premières dizaines de millisecondes). Pour localiser une réflexion précise, le spectrogramme en ondelettes de REW est encore plus lisible que l'ETC.
Corriger : les pics d'abord, les creux presque jamais
Une fois la salle mesurée, la tentation est de tout « aplatir » à l'égaliseur. Le bon réflexe est l'inverse : on rabote les pics, on ne comble pas les creux. Un creux profond dans le grave est presque toujours une annulation modale (deux ondes qui s'opposent au point d'écoute) : le remonter à l'EQ gaspille de la réserve d'ampli et, en zone non-minimum-phase, ne remplit même pas. Une correction de +8 dB peut rendre moins de 8 dB réels au micro. À l'inverse, atténuer une bosse est efficace et sûr.
Les problèmes de grave (modes, creux) se règlent d'abord par le placement (de l'enceinte, du caisson et du fauteuil) et par le traitement passif (bass-traps). L'EQ ne vient qu'en finition. Comme le résume un fil d'experts : « une correction électronique ne dispense pas d'un placement optimisé ». C'est exactement la logique de HTM : prédire et optimiser le placement d'abord, mesurer ensuite, corriger en dernier.
Exporter pour HTM
Enregistrez le projet REW au format .mdat (natif, conseillé) ou exportez chaque mesure en texte. Ce sont les deux formats que HTM sait importer.

